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Press review
Saturday, September 26, 1998, La Presse, Montréal
Des tableaux avec des tiroirs
Chantal Lemieux
On conçoit généralement le tableau peint comme
une uvre quon accroche au mur et dont lunique utilité
consiste à embellir la pièce ou à exprimer ses
goûts pour les uvres dart quand on a les moyens
de le faire. Mais grâce à Louise-Andrée Roberge,
luvre dart devient utilitaire puisquelle peint
sur des meubles.
« Ce nest plus un meuble, mais bien un tableau fonctionnel
», souligne lartiste qui peint à lacrylique
ou à lhuile, et qui transforme des armoires, des portes,
des bureaux, des vaisseliers, des machines à coudre, des tables
de chevet et des valises en uvres dart.
Louise-Andrée Roberge est née dans les Cantons de lEst
en mai 1947. Depuis 1971, on a pu voir ses uvres dans plusieurs
villes du Québec. Elle sinspire de faits quotidiens et
divers et les interprète dune fa^con autonome en accentuant
le côté visuel et en créant un climat approprié.
Ce sont ses fréquents déménagements qui lont
incitée à peindre des tableaux sur ses propres meubles.
Elle y a pris goût au point quelle a décidé
den faire le commerce.
Mme Roberge veut que les gens aperçoivent avant tout un tableau
avec des tiroirs plutôt quune armoire. « Il y a
un côté utile et décoratif à la peinture
», soutient-elle. Le besoin est de rendre luvre
picturale nécessaire dans le quotidien.
Ces uvres dart sont très solides puisque les meubles
sont faits de bois. Comme certains dentre eux datent dune
cinquantaine dannées, les portes darmoire ne ferment
pas juste et les tiroirs ne glissent pas toujours facilement, mais
ce sont des petits détails qui font le charme et loriginalité
du meuble. « Ce que jaime, cEst redonner un nouveau
souffle de vie aux meubles quon avait abandonnés »,
dit Mme Roberge.
Mme Roberge dit souhaiter quon la considère davantage
comme illustratrice que comme peintre. Elle peint sur les meubles
des personnages réels, imaginaires, regroupés, dispersés,
solitaires, dans des situations anodines
autant de clichés
dinstants uniques
Qui sont ces gens ? Des personnages
dici ou dailleurs.
Louise-Andrée Roberge emploie des tons très éclatants
tels le rouge, le bleu, le jaune et lorange. Lartiste
sait toucher les cordes sensibles des intéressés par
son style, ses couleurs et ses thèmes.
Plusieurs de ces tableaux-objets portent un titre qui illustre parfaitement
ce quils représentent. Par exemple, le vaisselier «
Le rendez-vous » sur lequel on aperçoit un homme et une
femme qui se rencontrent pour la toute première fois. Ou une
pharmacie ancienne appelée « Fleuriste » sur laquelle
elle a dessiné une fleuriste arrosant ses plantes.
« Limage est achée dans le papier et la pensée
est blottie dans la brume au fond du cerveau. Il faut chercher un
peu pour la découvrir et seulement ceux qui cherchent peuvent
la trouver, souligne Mme Roberge.
Mme Roberge réaliste toutes les étapes qui lui permettent
doffrir de jolis meubles peints. Dans un premier temps, elle
se promène dans différents marchés aux puces
en quête dun meuble exceptionnel qui saura linspirer.
Elle préfère les meubles des années 1940 et 1950
faits de bois et de contreplaqué au fini érable. Elle
souligne que ces meubles sont plus ronds et se peignent facilement.
La surface à dessiner et la technique sont les mêmes
que pour un tableau. Avant de décorer un meuble, Louise-Andrée
Roberge doit le nettoyer au grand complet, le décaper et le
réparer si nécessaire. Cest un long procédé.
« Je suis un peu comme un poisson dans un bocal qui ajuste sa
taille à la grosseur de son contenant : les dimensions et les
supports de mes « uvres » dépendent de la
grandeur de mon atelier et des moyens pécuniaires dont je dispose
», confie-t-elle.
Le handicap de Mme Roberge est sans aucun doute lespace. Actuellement,
ses uvres dArt se promènent dune exposition
à lautre, mais lorsquelles sont toutes terminées,
les objets-tableaux retournent chez elle, dans son petit appartement
de Tracy. Elle na pas dendroit pour les entreposer, un
endroit où ses uvres dArt seraient mises en évidence.
Présentement, on ne peut voir les uvres de Mme Roberge
quen deux endroits, soit à la boutique « DOM »,
de lavenue Bernard, à Montréal, et lArt
de cur, du boulevard Laurier, à Beloeil. |
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